La rupture en question

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’État, le mot « rupture » est dans toutes les bouches et tout le monde s’en gargarise un peu selon les circonstances et la querelle politique du jour. Reste que beaucoup ignore la vraie rupture instiguée par Nicolas Sarkozy depuis 2007 – sans doute l’avait-il imaginé, lui.
Nicolas Sarkozy a en effet inauguré l’ère du pragmatisme politique. Comment ? En faisant simplement quelque chose de très anglo-saxon : « caler » son action politique sur des mécanismes de marché, et se baser sur un étalon économique et financier. Ainsi en va-t-il de la détaxation des heures supplémentaires, du bouclier fiscal, et plus généralement de la volonté de sauvegarder, coûte que coûte, les conditions de bon fonctionnement du marché et de ses facteurs porteurs. Le problème n’est pas ici de s’interroger sur le bien fondé de ces mesures, mais plutôt de constater que l’action politique est désormais empreinte de valeurs et de pratiques propres au raisonnement économique. Or la France a ceci de particulier qu’elle a, au fil de son histoire, rendu autonome le politique, laisser émerger des valeurs et un raisonnement proprement politique (bien loin de considérations purement économiques) : sauvegarde de l’État, des intérêts de la France, d’un ordre de justice sociale, etc.
Désormais, ces valeurs, pérennes et fondamentales, ne sont plus la source de l’action politique. La France, pour faire simple, est gérée comme pourrait l’être une grande entreprise, avec à sa tête un président aux allures de chef d’entreprise (il vit dans le 16ème arrondissement et plus à l’Élysée, opte pour des manières de vivre de PDG, les yachts et le luxe…). En un mot, il affiche clairement et ostensiblement tous les signes de la réussite non pas social et statutaire, mais économique. Alors on pourra toujours dire que les anciens présidents n’en faisaient pas moins, certes. Mais ils le faisaient discrètement, et s’attachaient à sauvegarder un certain nombre de codes, proprement politiques.
F. Braudel disait de la France qu’elle réussissait politiquement et échouait économiquement. Il semble que Nicolas Sarkozy ait quelque peu brouillé les cartes, donnant à sa rupture des allures de cassure.
Les jeunes républicains et gaullistes, eux, restent persuadés que l’action politique ne peut se réduire à un raisonnement conjoncturel, à des valeurs fluctuantes, reléguées au second plan, en un mot à une ligne politique désincarnée et désinvestie.
Pierre-Luc Kolczynski
Responsable DLJ Paris
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Très bon article.
DLJ et DLR s’engagent à combattre cette idéologie bling bling néo libérale.
Amitiées
Tout à fait d’accord.
D’aillleurs, c’est à force d’assimiler les pays à des entreprises qu’est devenue normale l’idée de fusionner les pays (l’UE) comme on fusionne des entreprises.