Hommage à Pierre Lefranc
C’est presque sans bruit que Pierre Lefranc, l’un des derniers fidèles d’entre les fidèles du général de Gaulle, nous a quitté le 7 janvier dernier à l’hôpital du Val-de-Grâce. Infatigable défenseur de la vraie Croix de Lorraine, gardien de la flamme de l’héritage gaullien, il n’aura de cesse toute sa vie de garder vivante la parole et la mémoire du fondateur de la Vème République contre les récupérations faciles et dévoyées de nombreux hommes politiques. Il n’a que vingt ans comme bon nombre d’entre nous lorsqu’il décide courageusement avec mille autres de défiler le 11 novembre 1940 sur les Champs Elysées face aux troupes d’occupation allemandes, afin de laver l’affront du défilé allemand du 14 juin autant que d’honorer la mémoire des Poilus de la Grande Guerre et de soutenir la France Libre. Il est blessé au cours du défilé par une grenade puis arrêté par les nazis, mais fut par chance libéré six mois plus tard, ce qui lui permit de gagner la zone libre et de fonder le mouvement de Résistance Liberté. Avec audace et entêtement pour son jeune âge, il parvient à gagner Gibraltar et à rencontrer le général de Gaulle qui l’accueille sur ces mots : « Vous en avez mis, du temps, à venir ! Il nous reste beaucoup à faire ! » Son admiration et son dévouement pour l’action du Général n’en fut que renforcée.
Accompagnant à Londres avec une fidélité sans faille au chef de la France Libre, il fut parachuté en 1944 dans le maquis et participa à vingt-quatre ans à la libération de la France puis à la campagne d’Allemagne.
La guerre finie, il resta au côté du « plus illustre des Français » en participant à la création du RPF, comme lors de « la traversée du désert » jusqu’au retour à la tête de l’Etat du Général de Gaulle. Il aida avec efficacité et abnégation le chef de l’Etat gaullien aussi bien comme serviteur de l’Etat que comme directeur de la campagne présidentielle de 1965. C’est avec la même assurance Pierre Lefranc organisa avec d’autres fidèles la contre-manifestation du 30 mai qui assura le succès aux législatives des gaullistes après la crise de mai 68.
La disparition de celui qu’il admirait depuis ces jeunes années lui donna un nouveau rôle dans l’histoire du gaullisme : celui de fondateur -avec André Malraux- de l’Institut Charles de Gaulle. Pendant plus de vingt ans, il s’occupa corps et âme à cette noble tâche de garder intacte la pensée et l’action du Général, où il joignit le geste à la parole en écrivant des ouvrages de références sur le gaullisme.
Au milieu des années 1990, alors que retiré de la vie politique depuis longtemps, Pierre Lefranc reprend la parole pour dénoncer les errements de la présidence chiraquienne sur le passage au quinquennat et la reconnaissance de l’Etat de Vichy dans la déportation des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, qui est une trahison de la pensée gaullienne qui avait déclaré nul et non avenu et inconstitutionnel l’Etat collaborationniste du maréchal Pétain. Sa dernière action politique d’ampleur fut sa participation à la victoire du « non » au référendum sur la constitution européenne aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan.
De sa vie, que devons nous retenir, nous autres jeunes en ce début de XXIème siècle? Une pensée forte sur la politique française, le respect inconditionnel du vote du peuple souverain, un véritable amour de la France et de l’indépendance nationale ainsi qu’un authentique esprit de rébellion et de capacité à dire non à la fatalité et aux fausses évidences de l’Histoire. Mais aussi une réelle force de conviction et de volonté devant l’adversité, car à la fin ce sont ceux qui ont tenu bon contre vents et marées qui triomphent !
Laurent Maisonnat
