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Avec ou sans DSK, le Parti Socialiste reste une alternative de pacotille

Poussé par des sondages favorables, il se dit que Dominique Strauss-Kahn, l’actuel directeur général du FMI et figure de proue de la gauche « moderne », se verrait bien le candidat du PS pour la prochaine élection présidentielle. Cette candidature est en tout cas espérée et réclamée par bon nombre de caciques du PS, qui y voit la seule chance de ravir l’Elysée à Sarkozy.

Sauveur du Parti Socialiste, DSK ? Sans conteste, oui, si l’on se place d’un point de vue purement politicien et électoraliste. Il faut bien avouer que le personnage, auréolé d’une stature d’expert et de dirigeant international, est assez populaire dans l’opinion, et qu’il jouit d’une sympathie qui va bien au-delà de l’électorat « traditionnel » de la gauche. « C’est peut-être parce que je suis loin qu’ils m’aiment bien », admet ainsi l’intéressé, qui, tel un Chirac, désormais vacant du pouvoir, culmine au sommet des sondages. Ne disant (presque) rien, ne faisant rien, DSK profite indéniablement de son « exil » temporaire à Washington. Un repli stratégique qui lui permet de faire parler de lui et d’apparaître dans les médias comme une espèce de messie, quand bien même peu de gens connaissent ses positions politiques. Ce qui est pour l’instant un avantage certain, contrairement – en partie – à une Aubry qui a horripilé nombre de ses concitoyens par ses prises de positions, et ses actes.

Mais constituerait-il pour autant une vraie alternative à la politique actuelle ? A-t-on réellement affaire au messie présenté ? Hélas, il faut bien reconnaître que non. De Strauss-Kahn, il n’y a rien à espérer, sauf à considérer la peste comme meilleure que le choléra. Car l’homme n’entend nullement rompre avec les grandes orientations politiques qui ont mené la France et l’Europe au marasme économique et social que l’on connaît. Aucune remise en cause du fonctionnement et de l’essence de l’Europe de Bruxelles. Ni de l’euro qui tue chaque jour un peu plus la compétitivité de notre économie. Ni du libre-échange intégral qui organise l’assassinat de notre industrie et le chômage de masse. Ni encore moins du système financier international…

DSK est pour ainsi dire l’archétype du social-libéral qui s’est échoué sur le mur des réalités. Doté de bons sentiments, mais naïfs. Confiant dans le marché, mais partisan d’une régulation pour en limiter les excès… au point de consentir béatement aujourd’hui à son règne tout-puissant, la régulation n’arrivant pas.  DSK résume au fond tout le drame d’une social-démocratie dont les objectifs et la vision sont biaisés depuis des années, d’où sa crise actuelle. Le libéralisme supposait l’immobilité des facteurs de productions, or ils sont mobiles, entraînant nombre de délocalisations. Les redistributions sociales massives étaient censées contribuer à la croissance par des mécanismes Keynésiens et Fordiens démontrés en économie fermée, mais en économie ouverte elles ont un effet pervers, car ces redistributions pénalisent les entreprises par des charges trop importantes et amplifient le déficit financier et commercial des Etats… Enfin, aucune régulation mondiale rigoureuse n’est en place, ceci entraînant une formidable machine de dumping social provenant de Chine qui ruine totalement l’industrie européenne et donc la logique des Etats européens sociaux-démocrates.

Désormais à la tête du Fond Monétaire International, qui n’est jamais qu’une machine de guerre financière au service du néolibéralisme, DSK s’est résolument sorti de l’impasse social-démocrate… Au prix de la plus grande des capitulations.

Que peut-on encore attendre de lui ? On ne devient assurément pas directeur général du FMI par hasard. Il lui a fallu prouver son renoncement à ses convictions originelles et sa pleine et entière soumission au modèle néolibéral. Sans doute son passage, sous l’ère Jospin, au ministère de l’économie et des finances, où il s’est évertué et même acharné à mettre en œuvre, sous l’auspice de Bruxelles, une politique de privatisations et de casse des services publics avait déjà dû permettre de juger du niveau de docilité du personnage.

Une docilité que son action au FMI confirme de la manière la plus époustouflante qui soit. Contrairement à ce qu’ont cru les esprits les plus naïfs lors de son intronisation comme directeur du FMI, DSK n’y a nullement apporté une sensibilité « sociale » voire « de gauche ». Bien au contraire, il s’est accommodé à merveille d’une organisation qui, sous couvert d’aider financièrement les pays en difficulté, les enjoint de mener une politique rigoureusement libérale, de privatisation à tout-va, de facilitation des licenciements économiques et de lutte contre la hausse du SMIC, pour le bien que l’on sait.

Entre autres choses, on aura ainsi pu entendre  DSK le « socialiste » faire des remontrances à l’Ukraine parce qu’elle avait osé augmenter son SMIC si misérablement bas ; qualifier dédaigneusement de « belles âmes » tous ceux qui demandaient, l’année dernière, en contrepartie du renflouement des banques menacées de banqueroute, un fauteuil au conseil d’administration de ces mêmes banques pour les Etats sauveurs ; se réjouir, pour ce qui est de la France, de la loi dite de « modernisation de l’économie », estimant qu’elle aidera la France à « faire face aux défis mondiaux, à débloquer la rigidité du marché des produits et services, et bénéficiera au consommateur ».  Sans oublier son FMI qui, dans un rapport fin 2007, applaudissait des deux mains la politique économique de Nicolas Sarkozy, l’encourageant à aller encore plus loin dans ses « réformes ». Bonjour l’alternative…

D’aucuns objecteront, bien sûr, que rien ne dit encore que le PS se jettera dans les bras de DSK aussi facilement. Beaucoup de ses militants ne veulent même pas en entendre parler, jugeant que l’homme est au mieux un socialiste « du minimum », au pire un homme tout bonnement « de droite ». DSK serait ainsi un mauvais représentant pour l’idéal et le combat que porte le Parti Socialiste, qui lui, cela ne se discute même pas, est vraiment « à gauche ».

Pourtant, à la lecture des conclusions de la convention nationale du PS pour « un nouveau modèle économique, social et écologique » présentées fin avril par Pierre Moscovici, on ne voit trace nulle part d’un PS en nette coupure idéologique avec Dominique Strauss-Kahn. Ce que les médias ont présenté comme un « virage à gauche » est pourtant profondément imprégné du surmoi libéral et européiste dans lequel est plongé le PS depuis 1983. Les propositions présentées sont en effet d’une timidité et d’une malhonnêteté déroutante. On nous y refait le coup du « changer la vie », alors que les propositions – qui ne sont pas en soi toutes mauvaises, loin de là – ne se limitent jamais qu’à être de ridicules ajustements destinés à rendre le système un peu moins injuste, « un peu moins barbare », pour paraphraser une expression utilisée par Martine Aubry lors des dernières élections européennes. On ne s’attaque qu’aux conséquences des problèmes, jamais aux causes : l’Europe, ses traités, l’euro, le libre-échange. Aucune remise en cause profonde n’y est faite … A peine y évoque-t-on les désirs d’un « euro au service de l’emploi » et d’un « juste échange », mais sans jamais dire comment cela pourrait être mis en œuvre dans le cadre des traités actuels.

Bref, avec ou sans DSK comme chef de file pour 2012, le Parti Socialiste en est encore à des années lumières d’un début de commencement de projet de rupture avec le système. Les Français se contenteront-ils d’élire des assistantes sociales de la mondialisation malheureuse – le programme commun de l’UMPS ? Ou feront-ils le choix d’une vraie alternative, qui va à la racine des problèmes, avec DLR ? La question est posée… Réponse en 2012.

Jérôme Lagae et Thibault Deleporte

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