L’Ecole est un temple du savoir, pas un supermarché !

Par Cédric Prévot, responsable de Debout les Jeunes – Lorraine, conseiller national de Debout la République
A l’heure où le peuple français se réapproprie les urnes et ses acquis d’usager dans une votation citoyenne pleine de sens, le gouvernement tente de vendre un autre service public, autrement plus sensible aux dérives de ce genre: l’Education Nationale.
La formule n’est pas de privatiser tel ou tel établissement scolaire, mais de rémunérer les élèves lycéens pour leur assiduité.
Avant Jules Ferry, l’école était payante, réservée à un lot de privilégiés. Au début du siècle dernier, l’école est devenue gratuite, laïque, publique. Porte d’entrée de la République, elle préparait les élèves à être des citoyens éclairés par une culture la plus générale possible et un esprit critique hérité de nos pères humanistes et des Lumières.
Aujourd’hui, avec l’essai de ce dispositif dans 3 académies, c’est la dérive vers une “école-magasin” qui s’annonce, où les élèves iront à la quête du savoir, comme leurs mères prendraient, en fonction du prix, un paquet de riz cantonnais au rayon surgelés pour nourrir leurs enfants. Ces adolescents rentreront alors chaque fois chez eux aux soirs de journées plus ou moins prolifiques en fonction du match de football proposé le week end (“Si c’est pour me taper OM-FC Metz en 16ème de finale de la Coupe de la Ligue, autant zapper les Intégrales: je reste au lit!).
A ceux qui nous font un procès en réalisme – arguant du “comment réagir à l’absentéisme scolaire dans ce cas?” – , je dirai que le le temps du courage, et pour ainsi dire du courage républicain, est plus que jamais attendu. Il est temps de redonner à l’institution scolaire toute la légitimité et l’autorité qui lui incombent.
L’école est un droit et un devoir de l’élève, apprenti-citoyen. Elle n’est en aucun cas un dû ou une option de loisirs comme la pratique d’un sport ou de toute autre activité culturelle.
Parce qu’elle est un droit d’accès vers le savoir (la connaissance, le savoir-vivre, le savoir-faire), le professeur doit être un savant moderne au fait de sa matière et motivé par son métier. Son enseignement et sa place seront d’autant plus légitimes si sa mission est solidement protégée contre les dérives naturelles de deux acteurs: les élèves et l’Etat.
L’Etat se doit, par une politique volontariste et cohérente de l’enseignement public dans son ensemble, de soutenir le corps enseignant au travers de moyens non gaspillés mais aussi de dispositifs ne prenant pas ainsi le parti de l’élève (allant a priori à l’école à reculons). Il doit éviter ce genre de politiques conjoncturelles du court terme censées plaire à une classe d’âge particulière de notre population. Aller à la source de ce mal qu’est l’absentéisme scolaire, c’est peut être trouver dans les raisons les remèdes. Pourquoi nos élèves ne se rendent-ils plus au lycée? Expliquer n’est pas excuser, est-il besoin de rappeler…
Partant du principe que l’école est un droit autant qu’un devoir, de plus en plus, les élèves ne se sentent pourtant ni obligés ni concernés par l’école. Il faut donc travailler sur ces deux aspects d’obligation d’assiduité scolaire et de motivation scolaire.
Le premier remède au manquement à l’obligation d’assiduité scolaire est, à mon sens, une application plus stricte des sanctions déjà mises en place. Il faut que le continuum “Avertissement – Exclusion provisoire – Exclusion définitive – Réduction ou suppression des allocations familiales” soit su de tous et contraigne les lycéens à aller en classe de manière assidue, encouragés par leurs familles. De plus, une notation de l’assiduité des élèves au barême toujours plus objectif (sur le modèle de la note de vie de classe) permet d’inscrire dans le bulletin scolaire l’état des présences de l’élève, le responsabilise, et intégre dans ce dispositif la problèmatique des lycéens de plus de seize ans, pour qui la scolarisation n’est plus juridiquement obligatoire.
Maintenant pourquoi les élèves ne se sentent-ils pas concernés par l’institution scolaire? Deux approches peuvent ici coïncider: une approche objectiviste et une autre plus fondamentale.
Le chômage des jeunes est une réalité dont la seule évocation résonne déjà comme un écho. Il est un fait, un poison qui infecte nos différentes politiques sociales depuis de nombreuses années maintenant. Comment dès lors ne pas comprendre les doutes de cette population lycéenne, devant la triste fatalité de la précarité, des petits boulots, du pointage aux “assedic”, et du nouveau modèle de fortune de notre génération (j’ai nommé: Tanguy)? La référence cinématographique est d’autant plus vraie que le chômage touche également, et parfois dans de pires proportions que la moyenne de cette classe d’âge, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. D’un point de vue structurel, il est donc urgent de toujours plus adapter les formations et les exigences de ces parcours à celles des secteurs professionnels en quête de main d’oeuvre. Une solution du long terme se trouve peut-être ici.
Cependant, si l’on veut bien admettre que l’école ne forme pas seulement à un métier, mais à un apprentissage plus complet et plus citoyen de la vie en collectivité, une approche plus fondamentale doit alors ici s’opérer. Donner envie à nos enfants d’aller à l’école, c’est leur prouver qu’il sert encore à quelque chose au XXIème siècle de connaître les détails de l’Histoire, de jouer avec les pièges de notre langue, d’envisager les rudiments de notre géographie, de s’amuser à faire des expériences scientifiques…
N’y voyez ici aucune certaine prétention d’érudition de ma part, mais la volonté intacte de toujours vouloir en savoir un peu plus sur tout. La culture générale est plus un objectif de réalisation personnelle qu’un état figé. Tout au long de sa vie, le Général de Gaulle l’a d’ailleurs compris, comme lorsqu’il paraphe très tôt dans l’un des ses premiers livres, Vers une armée de métier, cette phrase qui devrait être inscrite au fronton de nos écoles: “Le secret du commandement est dans la culture générale”.
Comprenez aujourd’hui: en connaître sur l’Homme, la Vie, le Monde, son Histoire, c’est en connaître sur l’humain, le présent, sa terre, son avenir. Le savoir est une arme, un bouclier, une grille de lecture du Monde. Nos élèves doivent le mesurer.
Mais comment arriver à cela? Développer l’interdisciplinarité, placer la culture humaniste toujours plus au coeur des programmes, mais aussi attribuer dans notre pays, une place toujours plus grande aux jeunes talents, aux jeunes auteurs, aux jeunes artistes, aux jeunes scientifiques… car si le savoir devient sagesse avec l’expérience, il est fraîcheur avec la jeunesse…
Dès lors, l’Education nationale, plutôt que de répondre aux chants des sirènes du mercantilisme (en rémunérant les lycéens) à la manière d’un Ulysse en perte de sa superbe, devrait faire le pari de la grandeur de notre Nation, et du renouveau tant attendu de son génie culturel…
