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L’Etat français au bord de la faillite ?

Certes, il serait exagéré de dire que nous risquons de voir s’installer demain matin à l’Élysée les agents du FMI. D’autant plus que nous ne serions alors pas les seuls, nombre de pays européens ont vu leur dette exploser depuis deux ans.

Mais tout de même, l’heure est grave et nous ne pouvons pas nous permettre de minimiser les annonces faites ces derniers jours par certaines agences de notations. Elles ont mis en garde – d’abord discrètement puis officiellement – le gouvernement français des risques qu’il prenait avec la souscription sur les marché des sommes nécessaires au grand emprunt.

Le ministère de l'économie et des finances dans le brouillard

Fitch Ratings a ainsi estimé que ce grand emprunt, d’un poids égal à 1,8% du PIB, fera passer la France à un déficit à 2 chiffres, plus de 10% du PIB – vous avez bien lu – pour l’année 2010, ce qui n’est pas acceptable. Selon l’agence, avec une dette supérieure à 85% du PIB fin 2010 – et sûrement proche des 100% à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy – notre pays sera dans une situation plus défavorable encore que celle de la Grande-Bretagne. Alors même que, comme le souligne le communiqué, la France devrait avoir moins souffert que d’autres pays du fait de la faible financiarisation de son économie.

Au passage, on comprend mieux la violente réaction de François Fillon aux propos d’Henri Guaino soutenant qu’il n’y avait pas de limite “technique” au grand emprunt.

Quel est le risque ? Dans la pire des situations, la France quitte le club des 18 pays notés AAA par les trois grandes agences de notation mondiale. Or notre dette appartenant à 66% à des investisseurs étrangers – c’est beaucoup –  et l’Etat étant très dépendant des levées de fond qu’il effectue sur les marchés (212 milliards prévus en 2010, hors grand emprunt (!), contre 81 milliards il y a 10 ans), les conséquences pourraient être terribles. Si l’Etat ne peut plus lever des fonds sur les marchés, il n’a tout simplement plus de liquidités pour payer les dépenses de fonctionnement, les salaires et les programmes de solidarité par exemple… Mais ce changement reste peu probable, les agences de notation ne se risqueraient pas à faire sombrer un pays.

Dans tous les cas, les taux pourraient être sensiblement relevés et la dette deviendrait encore plus lourde qu’elle ne l’est déjà. Pour rappel, le budget 2010 provisionne 42, 4 milliards pour payer les intérêts de la dette. Seulement pour payer les intérêts, pas pour rembourser ! Et la commission des finances prévoit le dépassement des 50 milliards d’ici à 2012, soit plus ou moins le sixième (!!!) du budget de l’Etat (340 millions d’euros en 2008).Plus que le budget de la défense – 47 milliards.

Le plus grave dans tout ça n’est pas le propos des agences de notation en lui même mais ce qu’il révèle. Souvenons-nous, ce sont ces mêmes agences qui avaient surnoté les produits financiers issus de la titrisation d’emprunts hypotécaires de citoyens américains insolvables. Elle ne sont donc pas un bon thermomètre, ou alors un thermomètre très optimiste. Et c’est en cela que c’est particulièrement inquiétant. On peut supposer que la situation des états tel celui de la France est déjà largement problématique  et que la confiance dont font preuve les marchés est artificielle. Les pays riches se mettent à l’abri d’un vernis aussi brillant que fragile qui, s’il se brisait, provoquerait une crise mondiale d’une ampleur autrement plus grande que celle dont nous souffrons aujourd’hui.

Cette mise en garde des agences de notations traduit l’inquiétude des maîtres de la finance et leur agacement vis-à-vis de ceux qui jouent avec les allumettes dans ce grand capharnaüm d’explosifs qu’est la finance mondiale.

Quelques conclusions:

- Les marges de manoeuvre sont réduites à néant, Sarkozy a profité de ce qu’il restait à son arrivée au pouvoir pour amputer les recettes de 15 milliards en faveur des plus aisés sans engager un vrai plan d’économies, la Révision Générale des Politiques Publiques étant une coquille vide, encore une fois. Et la crise a fini de nous étrangler.

- Le grand emprunt n’est pas une mauvaise idée en soi mais il arrive à contre-temps. Plutôt que de saupoudrer de milliards l’économie en 2008 sans savoir ce que deviendrait l’argent, il aurait été plus pertinent de mener le travail qui a été fait pour le grand emprunt. Et que l’on ne me parle pas d’urgence, la crise dont on se complait à dire qu’elle était imprévisible, l’était. Les candidats à la présidentielle avait été prévenu de l’orage, n’en doutons pas. Aujourd’hui c’est trop tard et le grand emprunt ne sera qu’un boulet de plus. D’autant plus que la concrétisation des actions prévues par le couple Rocard-Juppé est plus inquiétante qu’autre chose avec Sarkozy aux commandes. On ne peut pas se permettre de gâcher 35 milliards. Mais on en prend le chemin.

- La crise n’a pas finie de nous révéler sa force. Certains vous diront que nous n’en sommes qu’au premier acte. Être pessimiste n’avance à rien. Mais être irresponsable comme l’est la quasi-totalité de la classe politique relève du suicide.

- Que dirait-on d’une personne qui, alors qu’elle reçoit un salaire de 1000€, dépense 1300€ dont 150€ pour payer les seuls intérêts de ses emprunts ? C’est une vision réductrice mais la France en est bel et bien là, à dépenser en 3 ans les recettes de 4 années. Situation inimaginable mais réelle.

Sources:

E24.fr

ladettedelafrance.blogpspot.com

Fitch Ratings

Rapport d’information du Sénat

Photo CC: Le MINEFI dans le brouillard par twiga269

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