Bigeard, l’éternel combattant
19 juin 2010Le général Bigeard nous a dit adieu. Il a choisit la date symbolique du 18 juin, si chère à son cœur de soldat de la France Libre, pour tirer sa révérence. C’est presque sans bruit, alors que certains vont pleurer des larmes de crocodiles à Londres devant la statue du général de Gaulle, qu’il a dit au revoir à cette France qu’il n’a cessé de chérir tout au long de sa vie.
Le combattant de la France libre
Sergent dans le 23ème régiment de forteresses (RIF) à vingt-trois ans, adjudant un an plus tard, il fut un parmi tant d’autres de ses jeunes combattants de la campagne de France de 1940 dont le courage n’aura pu inverser le cours des choses. Capturé, évadé, repris deux fois par les soldats gardant le stalag dans lequel il était retenu prisonnier, la troisième fois sera la bonne, et il rejoindra la zone libre, puis la Résistance en 1943. Les deux dernières années de la guerre le consacreront comme « formateur des résistants français» au combat pour la Libération avant le débarquement allié. Il finira la guerre avec le grade de capitaine et la Légion d’Honneur accrochés à son uniforme, grâce notamment à son exemplarité et sa proximité avec ses hommes.
La seconde guerre mondiale marqua non seulement les premiers faits d’armes de Bigeard, mais montra aussi les valeurs auxquelles il fut attaché sa vie durant : l’abnégation, le courage et le combat pour la Nation et la Patrie menacées.
De l’Indochine à l’Assemblée nationale
Les guerres coloniales furent une nouvelle épreuve d’importance pour lui. La guerre d’Indochine le fit prisonnier dans la cuvette de Dien-Bien-Phu, où il fut pris à la chute du camp. La guerre d’Algérie, elle, entacha son histoire et sa réputation de soldat : les accusations de torture fusèrent pendant de nombreuses années, tant du FLN que de certains anciens camarades d’Algérie, accusations qu’il n’a eu de cesse de démentir tout au long de sa vie jusqu’à aujourd’hui. Cela n’empêcha pas les décorations de pleuvoir et de s’agrafer sur sa vareuse. L’indépendance annoncée sonna aussi comme un nouveau départ pour “celui qui n’avait fait que servir militairement” son pays depuis près de trente ans. Après un bref passage au secrétariat d’Etat à la Défense, il choisit le service parlementaire où il exerça pendant près de dix ans dans l’Assemblée Nationale.
Une certaine idée de la France
A soixante-dix ans, il se retire dans sa résidence à Toul, où il écrivit des ouvrages consacrés à ses souvenirs, ses mémoires de soldat, mais aussi ses visions de la France et de son évolution, dont les titres étaient sans équivoques, de J’ai mal à la France à Mon dernier Round en passant par Adieu ma France. Son franc-parler et sa gouaille sévère mais juste s’ajoutent elles aussi à ce personnage emblématique et charismatique qui posait un regard désabusé sur cette France qui semblait et semble encore s’abandonner à son sort.
C’est donc à l’âge fort honorable de quatre-vingt-quatorze ans que le vétéran de tant de guerres nous a dit au revoir, non sans nous avoir glissé cette boutade: « Je suis le dernier des cons glorieux ! Et je m’arrangerai pour mourir un jour qui fasse chier tout le monde !» Pari réussi !
Laurent Maisonnat, DLJ 69
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