Les origines du chômages – première partie
12 juin 2010Le contexte: (à l’origine était le plein-emploi)
Dans le prolongement de la convention nationale pour le plein-emploi organisée par DLR le samedi 10 avril 2010, et dont j’ai réalisé un petit montage (voir ci-dessous), je vous propose de remonter à la source, et de comprendre d’où vient le chômage.
Voici donc la première partie de l’article (qui en comptera trois, le découpage réalisé étant dû à la longueur de l’article):
http://www.dailymotion.com/videoxcxzn4La société française telle que nous la connaissons aujourd’hui est pour une grande part directement issue de la seconde guerre mondiale car cette guerre a significativement redistribué les cartes au sein de notre société et de nouveaux rapports de forces ont alors émergé, rapports de forces dont les effets se font toujours ressentir actuellement.
La France sort de la seconde guerre mondiale appauvrie, affaiblie, détruite. Détruite moralement par la défaite, l’occupation, la collaboration et détruite physiquement par les vols allemands et les bombardements alliés. Un nouveau départ s’impose. Et ce nouveau départ aura bien lieu, d’une part grâce à de Gaulle, qui fournit à la France une régénérescence morale, et d’autre part grâce au plan Marshall1, qui fournit à la France une régénérescence matérielle2. Double don, double dépendance. Deux différences absolument fondamentales sont néanmoins à noter entre les deux supports de la reconstruction de la France. Tout d’abord, l’un est interne (de Gaulle) quand l’autre est externe (le plan Marshall). Cela est extrêmement important, car autant de Gaulle est un pur produit du système (il est issu de la bourgeoisie traditionnelle française), autant le plan Marshall est une anomalie systémique (c’est un apport matériel et financier issu d’une autre nation, les États-Unis). Ensuite, autre différence radicale, de Gaulle porte en lui la valeur de l’effort (le pouvoir conquis de haute lutte), quand le plan Marshall valorise au plus haut point la valeur du confort (l’argent qui tombe du ciel). Nous avons donc une époque portée par deux paradigmes antagonistes qui portent en eux deux états-d’esprits diamétralement opposés. Tout le travail de de Gaulle et des ex-résistants, durant l’immédiat après-guerre, va consister à gérer au mieux cette anomalie. Ils vont y réussir à merveille. La France de l’après-guerre va d’ailleurs être le moment de la résolution de l’éternel dialectique homme/femme: chacun réalise sa destinée, dans un espace enfin défini (dans un pays aux frontières retrouvées), la femme crée la vie et l’homme crée le monde: c’est le baby-boum d’une part et la modernisation de la France d’autre part; l’équilibre mille fois cherché est enfin trouvé3. Les ressources matérielles du plan Marshall, canalisées, organisées au mieux par de Gaulle, vont permettre un essor fabuleux de la France. L’après-guerre n’est finalement pour notre pays rien d’autre que la réalisation de l’idéal rousseauiste: la démocratie comme dépassement de la dialectique du corps et de l’esprit, la résolution de la problématique intime par le collectif, l’action du corps social étant alors organisée, de son plein gré, par une pensée politique légitime et préoccupée du bien commun.
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Le changement de rapport de forces:
Néanmoins, un nuage pointe à l’horizon. En effet, les facilités matérielles du plan Marshall, si elles ont eu une formidable utilité pour la France de l’après-guerre, finissent à la longue par devenir trop importantes pour une société qui ne peut plus gérer ce luxe, ce trop-plein, ce surplus. Au maximum de l’utilisation canalisée, raisonnée de ces facilités, nous avons les trente-glorieuses, et le plein emploi. Mais le surplus n’en finit pas d’arriver, il déborde pour submerger, dérégler la société française, et le gaullisme finit par être dépassé. En 1968, la génération du baby-boum arrive à l’âge adulte, dans un monde reconstruit, confortable, apaisé, et qui n’a pas besoin d’elle. Mais elle est là. La société française a su se mobiliser pour repartir à la fin de la guerre, car la France est un vieux pays qui a donc connu de nombreuses guerres et troubles de tous ordres, et qui a su y faire face (puisqu’elle a perduré). Mais, par contre, autant l’agression étrangère est un phénomène classique dans l’histoire de France, autant l’aide externe est un phénomène totalement nouveau, qui plus est à cette échelle: la société française n’est pas prête à gérer cet événement. Pour les générations qui ont connu la guerre _les guerres (1870, 1914, 1939)_, la mobilisation, la contrainte et l’effort collectif sont logiques et acceptés. En revanche, pour la génération qui est issue de l’immédiat après-guerre, qui n’a donc connu que la paix et un confort qui va croissant, ces notions sont illogiques, inutiles et frustrantes, car aucun problème ne se profile à l’horizon. Aucun projet collectif ne peut lui être proposé. Rien qui pourrait justifier des contraintes morales et comportementales qui tiennent donc plus à ses yeux du sadisme que de la nécessité. C’est bien là d’ailleurs l’échec historique de de Gaulle, ne pas avoir su proposer un projet à la génération née de l’après-guerre, et même plus, son incapacité à penser qu’il fallait lui proposer un projet (j’y reviendrai un jour). A contrario, le plan Marshall ne vient pas seul, il est complété par tout un appareil idéologique qui va accompagner, habiller, la modernité, et ainsi remplir le vide laissé par le gaullisme. Une fois le plan Marshall passé, cet appareil idéologique restera, lui, fermement ancré dans la société. Aux acteurs (les gaullistes) vont ainsi succéder les consommateurs (les bobos). Aux adeptes de l’effort vont succéder les adeptes du confort. Au dépassement de la dialectique homme/femme va succéder la domination du féminisme. À la politique va succéder la psychanalyse. Au «devoir de» va succéder le «droit à». Au citoyen va succéder l’individu. À la protection sociale va succéder le bouclier fiscal. À la démocratie va succéder la dictature de la pensée unique. Au commissariat au plan va succéder la concurrence libre et non-faussée. Au patriotisme va succéder l’atlantisme (et ces pendants, le mondialisme et l’européisme).
Si j’ai décidé d’évoquer _très succinctement_ ces différents aspects, a priori non concernés par la problématique de l’emploi, c’est pour montrer l’aspect systémique des changement intervenus, la cohérence d’ensemble, et le changement de logique qui préside au tout. L’important étant de bien saisir que le chômage est une donnée trop importante, trop durable, trop conséquente, pour être une anomalie, un épiphénomène anecdotique. Si chômage il y a, c’est qu’il fait partie intégrante du système actuel, et, comme toute partie du tout, il en dépend comme il le renforce. Inutile donc de vouloir résorber le chômage par une ou deux mesures. C’est bien toute la société sur laquelle il faut agir. En effet, tout changement visant à combattre le chômage, s’il est isolé, sera irrémédiablement contrecarré par les autres facteurs, les autres composantes de la société. La lutte contre le chômage, si elle est à contre-courant de la logique globale du système, sera inéluctablement vouée à l’échec.
Voyons maintenant plus précisément comment la société française est passée du plein-emploi au chômage de masse.

Le plein-emploi, résultant de la rencontre d’un projet, le remodelage du monde (la reconstruction de la France), et des moyens de sa réalisation (moyens intellectuels et matériels, à savoir l’État gaulliste et le plan Marshall), pose problème à une catégorie de la population, les employeurs privés. En effet, le plein-emploi, c’est la réalisation du projet marxiste, c’est à dire la dictature du prolétariat. L’employé domine l’employeur, notamment car il peut le choisir (et choisir de le quitter). Cela est insupportable pour le patronat, pour des raisons psychologiques. Un _grand_ patron est patron pour dominer, pour être obéi, il se veut le mâle dominant de la tribu capitaliste. Or il est, de fait, dominé. Il va donc tout faire pour rétablir le rapport de forces de la lutte des classes en sa faveur, en agissant précisément par où il se sait (il se sent) dominé, c’est à dire au niveau du rapport offre/demande d’emploi.
Le patronat parviendra-t-il à satisfaire son égo? Le plein-emploi va-t-il y survivre?
Vous le saurez bientôt en lisant sur ce site: «Allez, au chômage! (la loi de l’offre et de la demande)».
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1Je m’inspire ici de la pensée de Michel Clouscard, que l’on retrouve notamment dans «Le capitalisme de la séduction».
2Près de 2,5 millions de dollars (de l’époque) donnés à la France par les États-Unis de 1948 à 1952 (soruce: http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Marshall).
3Pour plus de détails concernant cette problématique, voir mon article «Badinter… minable» publié sur le site DLR Paris ici : http://75.d-l-r.fr/?q=node/86 et sur le site DLJ ici : http://debout-les-jeunes.fr/blog/03/2010/872/badinter-et-les-femmes/.



