
Par Zakarya Zehri.
Diable, je ne suis plus français ! Opposé au multiculturalisme et aux communautarismes, je considère la discrimination positive comme une injustice faite à ceux qui méritent, et comme absurdes les politique ghettoistes. « Egalité et fraternité : les deux me paraissent un peu extrême, digne des trotskistes pour le premier, et du FN pour le second », répond aujourd’hui une partie de notre jeunesse.
Mais qu’est-ce que la France ? Je ne sais pas. L’utopie que l’on m’offre me laisse sceptique. Il faut dire que mon idéal national est très différent de celui que nous promettent nos gouvernants. L’idéal dont je rêve, c’est celui de la France qui se bat pour ses idéaux. Si aujourd’hui on parle d’identité nationale, c’est que certains de nos frères citoyens ne se reconnaissent pas dans l’utopie Républicaine. Comment les blâmer ? Voilà trente ans que nos élites sabotent le modèle français.
L’identité française, on peut en parler des heures durant. On peut parler de sa langue, le Français, et ce, depuis la Révolution. On peut parler de sa culture : gréco-latine. On peut parler de sa cuisine : vins, fromages, charcuteries et autres terroirs culinaires. On peut parler de son peuple unique et uni. On peut parler de sa foi, ses valeurs : inspirées du christianisme et de l’humanisme des lumières.
Mais on doit surtout parler de l’Idéal Républicain, car ce qui nous rend exceptionnel c’est la République. L’Europe contemporaine de Napoléon n’a pas acclamé le Français comme un conquérant, non. Le Français est libérateur. Toute l’Histoire de France est composée de luttes et de sacrifices. Etre français, c’est un honneur : l’honneur de faire partie d’une épopée, le privilège de contribuer à la grandeur de la France, le droit de mourir pour un Idéal, mais aussi le droit d’hériter de nos ancêtres : liberté, égalité et fraternité. Le tribut à verser pour être français, c’est une série de renoncements. C’est faire passer l’intérêt commun avant le sien, c’est renoncer à certaines de ses particularités contraires au droit Républicain, contraires à l’Idéal que la France prône.
Je suis un petit-fils d’immigré. Les médias et les défenseurs de la « pensée unique » ont raison quand ils disent qu’on est tous métissés ; peu sont ceux qui peuvent s’enorgueillir d’être français de « souche ». Mais justement. Tous, nous ou nos ancêtres avons dû faire ce travail d’assimilation. On a dû renoncer à une part de nos cultures. On a dû se franciser. Le modèle assimilateur fonctionne depuis des générations ; nous, France « métissée », en sommes la preuve vivante.
Aujourd’hui, c’est par l’école qu’on inculque les valeurs Républicaines et l’identité française ; hier, l’armée renforçait ce travail de cohésion nationale. Pour que l’assimilation fonctionne pleinement aujourd’hui, il faut que les parents s’investissent dans l’éducation de leurs enfants : en ne leur parlant que français, en les faisant participer à des activités extra-scolaires avec d’autres enfants de culture française ; bref, en appliquant la mixité ethnique au lieu du repli sur soi, au lieu du communautarisme.
Certains diront que le communautarisme est l’organisation sociétale la plus à même d’apporter la concorde civile au sein des peuples ; et ils nous montreront le modèle anglais ou américain. Certes, en apparence ils fonctionnent ; les leaders de la communauté noire défendent les intérêts de la communauté noire, pendant que la communauté gay et la communauté évangéliste défendent les leurs, en s’affrontant parfois : intérêts de la communauté gay allant à l’encontre des intérêts de la communauté évangéliste par exemple.
Première leçon d’Histoire : la division religieuse est source de querelle. Louis XIV, dans une volonté d’homogénéisation de la France et dans le but d’accroître son pouvoir sur l’ensemble de son royaume persécute les protestants, en vue de les convertir au catholicisme, puis révoque l’Edit de Nantes ; les juifs sont persécutés, et l’Edit de 1394 expulsant les juifs de France reste appliqué. Le royaume de France ne devait être que sous le règne de l’Unique « un roi, une foi, une loi » (Elisabeth Labrousse).
Avec la Révolution, est institutionnalisée, par la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, la liberté de conscience. La République, afin d’instaurer une concorde civile, une paix intérieure, établit la liberté religieuse, puis la laïcité : « Les laïques, c’est le peuple, c’est la masse non mise à part, c’est tout le monde, les clercs exceptés, et l’esprit laïque, c’est l’ensemble des aspirations du peuple, du laos, c’est l’esprit démocratique et populaire » (Ferdinand Buisson).
La République et les régimes la précédant depuis 1792 n’ont de cesse d’homogénéiser la France ; le concept de nation et de peuple français émerge. Le français devient la langue des français, sa religion est la laïcité et tous les principes de 1789, désormais, il a conscience de partager le même destin que ses concitoyens : les campagnes napoléoniennes, la guerre de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, la 1ère et la seconde guerre mondiale enfin, vont finir de construire ce sentiment, il a enfin conscience de l’intérêt supérieur de la nation. Cette cohésion est toutefois mise à mal par les communautés, qui, malgré leurs rivalités, s’entendent pour institutionnaliser leur existence au sein de la communauté nationale.
Le débat sur l’identité nationale doit nous faire prendre conscience de notre particularité assimilatrice, et doit nous aider à renforcer la cohésion nationale. Par là, il doit nous aider à prendre les mesures à même d’assimiler les populations étrangères de France.
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